mardi 23 mai 2017

CMT : Est-il légitime de rendre obligatoires onze vaccins chez le nourrisson ?


Claudina MICHAL-TEITELBAUM
Je déclare ne pas avoir de conflits d’intérêts avec des sociétés fabriquant ou exploitant des vaccins conformément à l’article L4113-13 du Code de la santé publique[1]  


Resumé

Au motif d’une supposée « défiance » des Français vis-à-vis de la vaccination qui aurait provoqué une baisse de la couverture vaccinale, la Ministre de la Santé a missionné le Pr Fischer pour mener une concertation citoyenne sur les vaccins. La recommandation principale à l’issue de cette « concertation » a été de vouloir étendre l’obligation vaccinale chez les nourrissons à huit autres vaccins en plus des trois vaccins déjà obligatoires (diphtérie, tétanos, poliomyélite).

Mais, à y regarder de plus près, il n’y a pas de défiance généralisée du public vis-à-vis des vaccins mais des questionnements justifiés au sujet de certains vaccins. Il n’y a pas non plus de baisse de la couverture vaccinale car la couverture vaccinale n’a jamais été aussi élevée. Ce sont bien les attentes et exigences des autorités vis-à-vis de cette couverture vaccinale qui sont en train de croître.

Pour comprendre comment nous en sommes arrivés là, il est utile de se tourner vers l’histoire et d’analyser les fondements de la politique vaccinale actuelle.

Les débuts de l’ère industrielle, aux XVIIIème et XIXème siècles ont marqué le changement du statut des citoyens, qui, de sujets soumis à l’autorité de sa majesté, devaient devenir des individus autonomes, rationnels et calculateurs capables de  prendre les meilleures décisions pour eux-mêmes. Les évolutions techniques fascinaient les élites. Elles étaient le moteur de l’industrialisation à l’ère capitaliste. Pour permettre leur développement, la régulation fut remplacée par les normes et la compensation assurantielle. A la faveur d’une série de coups de force une désinhibition face au risque technologique s’installa progressivement.

C’est dans ce contexte que fut introduite l’inoculation, une technique destinée à prévenir la variole en incisant la peau pour y déposer le pus d’un malade. L’inoculation inaugura une culture théologique du risque. Face à deux risques l’homme rationnel devait choisir le moindre obéissant ainsi à l’ordre divin. L’inoculation inaugurait aussi la transformabilité des corps, c’est à dire la possibilité d’utiliser des moyens contre-nature sur des corps sains pour les maintenir en bonne santé ou améliorer leurs performances. Les débats les plus ouverts et approfondis sur l’inoculation eurent lieu au dix-huitième siècle, alors que l’aristocratie s’était emparée du sujet. Ils ne portèrent pas uniquement  sur les aspects statistiques mais aussi sur les dimensions éthiques, médicales, morales et humaines.

Mais l’apparente rationalité du risque choisi, celui de l’inoculation, ne réussit pas à aligner les comportements. L’inoculation resta donc impopulaire.

Ce que la rationalité du risque n’avait pu accomplir l’autorité expertale le réussit. Par des arguments d’autorité et le détournement de la science, des experts autoproclamés, se pensant comme des philanthropes, réussirent à imposer au peuple les moyens de son bonheur.

Le vingtième siècle fut ainsi marqué par des lois instaurant des obligations vaccinales qui demeurèrent peu suivies d’effet. En raison de son inefficacité l’obligation vaccinale fut abandonnée au profit de simples recommandations à la fin des années 60. La seule levée volontaire d’obligation vaccinale, à part celle concernant la variole, fut la fin de l’obligation de vaccination par le BCG. Le processus aboutissant à cette décision s’avéra inutilement long et complexe.

Pour comprendre le sens des débats actuels, il est nécessaire de s’intéresser aux bouleversements intervenus dans la santé des populations pendant le vingtième siècle, à l’organisation de la prise de décision en matière de recommandations vaccinales et à la pharmacovigilance. Comment fonctionne-t-elle ? Que peut-elle nous dire des risques des vaccins ? Sur quelles bases les décisions sont-elles prises ?

Finalement, la vaccination universelle des nourrissons est-elle justifiée par le bénéfice de santé publique attendu et observé et assure-t-elle un rapport bénéfice-risque statistiquement favorable aux individus ? L’immunité de groupe, sans cesse évoquée par les experts, a-t-elle un sens du point de vue scientifique ?

Pour aider le lecteur à se forger une opinion nous analysons le cas de plusieurs vaccins.

Les vaccins abordés dans ce texte sont le BCG, ceux contre le papillomavirus, le rotavirus, la rougeole, la diphtérie, la coqueluche, le pneumocoque, l’hépatite B et le méningocoque.

Nous verrons ainsi que, contrairement à ce que les vaccinolâtres et les anti vaccinalistes voudraient nous faire croire, il n’existe pas une unicité conceptuelle et/ou idéologique de la vaccination et qu’il est donc nécessaire de raisonner immunisation par immunisation.

Nous en concluons que l’obligation vaccinale pour onze vaccins est illégitime parce qu’elle ne prend pas en considération les enjeux de chaque vaccination en fonction des risques, des avantages et de l’écologie infectieuse propre à la France.



Nous allons vous proposer, le texte étant long, 72 pages et plus de 33 000 mots !, de le diffuser en trois parties.

Voici l'introduction.



Evolution de l'adhésion à la vaccination entre 2000 et 2014 (% 18-75 ans) 

INTRODUCTION

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a saisi le Pr Alain Fischer en février 2016 par une lettre de mission[1]. Dans cette lettre de mission, la ministre constate « une baisse de la vaccination », affirme que cela est dû à ce que les vaccins seraient « victimes de leur succès », et résume l’ensemble des objections à l’égard des vaccins par le terme de « défiance ». L’utilisation de ce terme péjoratif disqualifie par avance toute forme de critique ou de simple questionnement vis-à-vis des recommandations vaccinales car il sous entend un sentiment à priori, non fondé rationnellement.

La concertation  est la mise en œuvre du plan d’action imaginé par la Ministre, et l’objectif recherché à travers cette concertation est le « rétablissement de la confiance dans la vaccination ».

Cette concertation citoyenne, annoncée de longue date, et dont beaucoup attendaient une discussion de fond et une clarification des critères menant aux recommandations de vaccination généralisée pour certains vaccins inscrits dans le calendrier vaccinal  s’est finalement limitée, pour l’essentiel, à une série d’auditions et à des décisions prises de manière opaque par un comité formé  d’experts, de chercheurs  et de représentants d’associations.  A la lecture du rapport, la raison de cette absence de débat de fond apparaît clairement : l’objectif de cette concertation n’était pas de prendre en compte les préoccupations des citoyens, mais d’identifier les freins à l’augmentation de la couverture vaccinale et de décider des meilleurs moyens de les lever. C’est en tous les cas, comme cela que l’a interprété Alain Fischer, ce qui apparaît à travers plusieurs de ses interventions au cours des auditions menées par le comité [A].

En plus des auditions de personnalités diverses, deux jurys ont été constitués, l’un formé de citoyens et l’autre formé de professionnels. Ces jurys n’étaient pas chargés, comme la dénomination aurait pu le laisser penser, de participer aux décisions mais d’émettre des avis dont le comité pouvait, ou non, tenir compte [B].

Les citoyens étaient également invités à donner leur avis sur un espace participatif. Quelques 11 000 contributions ont été déposées, les participants étant appâtés par la promesse que leur contribution allait permettre de « faire évoluer la politique vaccinale en France ». Les contributions étaient encadrées mais il était possible d’adresser des questions aux pouvoirs publics [C]. En fait, ces avis ont été uniquement exploités par une analyse de la fréquence statistique des termes employés pour  connaître  la proportion des contributeurs se situant plutôt positivement ou négativement par rapport à la vaccination en général ou à l’obligation vaccinale. De même dans les études grand public (p10 des annexes du rapport) les participants ont été catégorisés selon leurs profils en pro-vaccin, anti-vaccin et hésitants, dont les typologies ont été décrites.

Les conclusions des travaux du comité constitué de seize personnalités, professionnels de santé, chercheurs et  membres de la société civile et présidé par Alain Fischer ont été rendues publiques le 30 novembre par un communiqué succinct[2]. Ces conclusions n’étaient pas unanimes. Et il a fallu le questionnement insistant de certains journalistes pour que M. Fischer explicite la mesure principale  recommandée par le comité, qui était de rendre obligatoires les onze vaccins recommandés dans le calendrier vaccinal pour une vaccination généralisée des nourrissons et actuellement remboursés et donc d’élargir l’obligation vaccinale chez les nourrissons en rendant obligatoires huit vaccins supplémentaires en plus des vaccins contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite[3] [4] [D] . Cette mesure serait « transitoire », nous dit-on, et aurait étrangement pour objectif de regagner la confiance des Français en la vaccination. Une confiance qui aurait été perdue et serait la cause d’une baisse de la couverture vaccinale.

D’autres mesures ont été annoncées. Il s’agissait plutôt de mesures d’accompagnement dont la portée symbolique et pratique est bien moindre dont nous n’allons pas discuter ici (il est d’ailleurs possible de trouver des résumés complets de l’ensemble des mesures annoncées[5].

Si quelques voix se sont élevées, comme nous le verrons, pour contester la manière dont cette décision avait été prise, le contenu des discussions et leur indigence scientifique, cette annonce n’a cependant  pas donné lieu à un réel débat.

Alors qu’il s’agit de limiter la liberté de choix des parents et de restreindre l’exercice de l’autorité parentale vis-à-vis d’un acte qui ne peut être considéré comme totalement anodin, on ne s’est pas interrogé un instant sur la solidité des critères qui permettaient de fonder des recommandations de vaccination généralisée pour tel ou tel vaccin. Si ces vaccins devenaient obligatoires, ces recommandations seraient pourtant inscrites dans le marbre comme une priorité absolue de santé publique. Le rapport bénéfice-risque  et coût bénéfice à court, moyen et long terme de chacun de ces vaccins le justifie-t-il ? Peut-on garantir aux parents que le rapport bénéfice-risque individuel de chacun de ces vaccins est favorable pour leur enfant ?

Pour mieux comprendre les enjeux de cette recommandation de généralisation de l’obligation vaccinale je vais donc évoquer le prétexte de cette concertation, ses motivations annoncées, le contexte historique dans lequel ce débat se situe et ce que cela implique et enfin la problématique du rapport bénéfice-risque à travers des exemples concrets.


Autres notes :

[B]  Annexes du « rapport concertation citoyenne sur la vaccination » p5, disponible au téléchargement http://concertation-vaccination.fr/la-restitution/ 
[C] Annexes rapport p 85 :
[D] Ces 11 vaccins sont les vaccins contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite, vaccins inactivés déjà obligatoires , mais aussi les vaccins inactivés contre la coqueluche, contre l’Haemophilus de type B, contre l’hépatite B, contre le pneumocoque, contre le méningocoque C, ainsi que 3 vaccins vivants contre la rougeole, les oreillons et la rubéole.

Calendrier vaccinal : http://inpes.santepubliquefrance.fr/10000/themes/vaccination/calendrier/calendrier-vaccination.asp

Pour la suite (La concertation citoyenne est-elle légitime ?) : ICI.

21 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci pour votre engagement !
Je suis avec beaucoup d'attention vos publications et vos avis tranchés.

Continuez. Un peu de transparence et d'objectivité est essentielle en médecine et l'information est la clé d'une réappropriation de sa santé.

Merci.

yb a dit…

La suite est elle en cours d'écriture ou disponible ailleurs ?
CMT + Vaccination = intérêt majeur

CMT a dit…

Un grand merci à mon éditeur, Jean-Claude, pour commencer.
Gros travail pour moi, qui dure depuis 6 mois, avec des interruptions et beaucoup de fois l'envie de jeter l'éponge, comme ça m'est déjà arrivé plusieurs fois pour d'autres articles .

Mais là je pense qu'on est en train de franchir un cap, une ligne jaune; de basculer dans un autre monde, à travers des décisions de plus en plus arbitraires et autoritaires.

J'ai donc rassemblé une bonne partie de ma petite science, dans ce qui est plutôt un petit livre, vu la longueur, qu'un article.

Il était question de PDF, qui serait dispo à la fin du feuilleton?

En tous cas, Jean -Claude répond toujours présent, même pour cet OVNI, comme il l'a qualifié, ce truc un peu fou, qui lui a pris beaucoup de temps de correction.

Bonne lecture aux courageux.

Jean-Baptiste Blanc a dit…

La suite, la suite ...

BG a dit…

On peut signaler l'avis du 26 décembre 2016 de la Sfsp (Société française de santé publique) qui s'oppose clairement aux recommandations Fischer tout en proposant des recommandations pour accroître la CV sans obligations vaccinales [1]. La Sfsp ne tente pas de s'opposer à cette volonté de renforcer la fameuse ligne Maginot mais de montrer qu'on pourrait y parvenir sans obligations :

Avis de la SFSP concernant les recommandations du Comité d'Orientation de la concertation citoyenne sur la Vaccination

La SFSP considère, comme la Conférence Nationale de Santé, qu'il est nécessaire de s’engager résolument vers la levée de l’obligation vaccinale et de permettre à l'usager de prendre et d'exercer toutes ses responsabilités. Cela aurait de plus l'avantage de faire progresser l'harmonisation des pratiques vaccinales au sein de l'Europe.

Pour cela, elle appelle sans délai :


à proposer une liste de vaccinations indispensables ;
à assurer leur gratuité sans avance de frais ;
à renforcer le plaidoyer en faveur des vaccinations auprès du grand public en l’adaptant aux freins et leviers spécifiques aux groupes les plus difficiles à rejoindre ;
à compléter ce plaidoyer par des campagnes régulières auprès des professionnels ;
à généraliser et rendre obligatoire l'utilisation des carnets de vaccination électroniques en expérimentation permettant de suivre les couvertures vaccinales ;
à élargir la liste des professionnels de santé à même d'assurer des vaccinations ;
à mobiliser les professionnels de santé pour qu’ils soient exemplaires en matière de leur propre couverture vaccinale. Le cas échéant trouver des mécanismes incitatifs à définir.


La levée de l’obligation vaccinale comporte des risques en matière de couverture pour les trois vaccins actuellement concernés par l'obligation, mais étendre l’obligation peut transformer des hésitants en opposants.

Disposer d'un outil de suivi de la couverture vaccinale permet aux pouvoirs publics d'intervenir en cas de sous vaccination ou d'épidémie en imposant ponctuellement une obligation du fait d'une situation sanitaire exceptionnelle."

[1] http://www.sfsp.fr/flash_email/index.php?cid=512

BG a dit…

Voici une autre opposition publique aux recommandations Fischer :

“L’obligation vaccinale généralisée est déconnectée de l’époque “

C'est l'une des affirmations fortes martelées par Didier Raoult, un des tous premiers microbiologiste au monde, dans un article publié par Le Point du 8 janvier 2017 dans lequel il tient une rubrique.

http://www.lepoint.fr/invites-du-point/didier_raoult/raoult-rendre-obligatoire-la-vaccination-ne-restaurera-pas-sa-credibilite-08-01-2017-2095453_445.php

Extraits :
“En tant que spécialiste des maladies infectieuses, je mets au défi qui que ce soit de justifier médicalement ou scientifiquement, l'obligation actuelle de vacciner à 3 mois les enfants contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite.

La diphtérie autochtone a disparu depuis longtemps et le tétanos est inexistant à cet âge.

Quant à la poliomyélite, depuis trente ans en Europe on observe que toutes les poliomyélites autochtones sont d’origines vaccinales (avec le vaccin vivant).

On ne pourra plus servir une prétendue ‘’vérité unique’’ et penser être suivi aveuglément.
Parfois objet de manipulations, la vaccination est devenue un symbole scientiste qui génère du doute.

Rendre obligatoire la vaccination ne restaurera pas sa crédibilité.

L’obligation vaccinale généralisée est déconnectée de l’époque et si aucune démocratie ne la propose, c’est qu’elle n’est ni souhaitable ni crédible, en particulier à l’ère de la ‘’post-vérité.”

Le moins qu'on puisse dire est que les oreilles d'Alain Fischer ont dû siffler !

CMT a dit…

On nous a signalé une erreur (déjà) dans le texte. Dans la note concernant les 11 vaccins recommandés j’avais oublié le vaccin contre le méningocoque. Je n’ai pas eu le temps de relire comme je l’aurais voulu, alors il y en a sûrement d’autres. Merci de nous les signaler.

Le texte est en libre accès et utilisable, ainsi que les références, à la convenance de chacun et sans restriction.

Un sujet que je n’ai pas eu le temps de développer (ça aurait fait encore plus long) : depuis des années on répète à loisir que la « défiance » dans les vaccins s’accroît, idée, qui, à force d’être répétée s’est imposée comme une vérité établie. S’en sont suivies une masse de publications sur le sujet, visant à comprendre les raisons de cette « défiance » (puisque c’était un fait établi), émanant notamment d’agences ou établissements publics comme l’INVS, l’INPES ou l’INSERM, qui ont pourtant d’autres chats à fouetter et peu de financements pour le faire https://www.google.fr/?gws_rd=ssl#q=invs+r%C3%A9ticence+vaccination . Et aussi des études de « profilage » du vacciné ou de ses parents, afin de cerner les motivations des hésitants, études comme celle présentée dans le texte. Les profils ainsi dégagés servent ensuite à établir des stratégies pour « vaincre les réticences » qui sont promues auprès des professionnels susceptibles de vacciner (médecins, sage-femmes, infirmières, bientôt pharmaciens ?).

Or, le questionnement, vis-à-vis de certains vaccins, ne peut être assimilé à une défiance irrationnelle vis-à-vis de la vaccination. Entretenir la confusion c’est, comme je l’ai dit, poser comme pétition de principe qu’aucun questionnement n’est possible.
Dans mon expérience personnelle je rencontre plutôt, soit une confiance aveugle dans les vaccins en général, soit un questionnement argumenté et une demande d’information. Je n’ai jamais rencontré de parent qui n’avait pas une raison précise, tout à fait acceptable, de refuser ou de se questionner vis-à-vis de tel ou tel vaccin.


S’il n’ est pas possible de démontrer à la fois qu’il existe une défiance injustifiée envers la vaccination et que la vaccination généralisée par chacune des 11 vaccins recommandés apporte un bénéfice net majeur, démontrable, en termes de santé publique, alors qu’est-ce qui justifie ces études ? Ces formations ?

C'est la question manquante.

Je crois que les laboratoires pharmaceutiques ont trouvé là un moyen de transférer une charge qui leur incombe aux agences publiques et aux professionnels de santé.

Parce qu’établir le profil d’un consommateur pour mieux le persuader d’accepter un produit indépendamment de l’intérêt que ce produit peut avoir pour lui cela s’appelle une étude marketing et inciter les professionnels de santé à convaincre le public, alors que leur rôle est de l’informer, cela veut dire les priver de leur capacité de réflexion et de jugement et les transformer en simples commerciaux.

martine bronner a dit…

Merci CMT et vivement la suite.
Beaucoup de personnes ont loué la concertation citoyenne du dépistage du cancer du sein pour la qualité de l'organisation...la pertinence des conclusions etc.Les citoyens ont bon dos.
J'y vois le même type de manoeuvre, car à la fin au prétexte de "faire évoluer" les pratiques vers une réduction c'est tout le contraire qui se passe. On médicalise plus encore le corps des femmes comme ici le corps des enfants finalement. La seule chose qui évolue vraiment est le marché médical. À lire dans le science et médecine du Monde le dossier concernant la polio. On préfère vacciner que d'améliorer la qualité de l'eau. De même que l'on préfère soigner les cancers à prix très élevé plutôt que de les comprendre, les prévenir, les évaluer...

BG a dit…

J'avais assisté au congrès de santé publique Sfsp-Adelf des 17-19 octobre 2013 à Bordeaux. En 3 sessions vaccinations il y avait 18 communications orales sur le sujet. Toutes sauf une portait sur « comment améliorer la couverture vaccinale dans telle ou telle population » comme tel quartier de Marseille. La seule exception portait sur la narcolepsie au Canada après le passage du Pandemrix … Résultat très significatif en faveur d'un lien.

Parmi les présents remarquables à ces sessions vaccinations, il y avait Daniel Floret et Roger Salamon président du HCSP et organisateur du congrès.

BG a dit…

On pourrait citer le socioloque de l'EHESP Jocelyn Raude qui veut attribuer une part de cette hésitation vaccinale à l'ignorance en probabilités-statistiques !!! Faudrait-il en déduire que ceux, très nombreux encore, qui adhèrent à cette politique vaccinale sont parfaitement au point sur ces questions ? Il déclare [1] :
« Il est vrai qu’il y a un déficit remarquable de culture scientifique dans notre pays. De nombreuses études internationales montrent que la compréhension des principes scientifiques de base, notamment en mathématiques et statistiques ne progressent pas, et ceci malgré l’élévation du niveau de formation des individus et la multiplication des sites de vulgarisation scientifique sur le Net. On peut relever en particulier des problèmes l’innumérisme – le pendant mathématique et statistique de l’illettrisme – non seulement chez les étudiants, mais aussi parmi les élites sociales, journalistiques et politiques qui sont souvent de formation littéraire. Les notions de probabilités demeurent un mystère profond pour la plupart de nos concitoyens, »
Pour conclure que ce sont plutôt les plus instruits qui sinterrogent (quelle surprise!) :
« Mais cette explication est probablement insuffisante car les groupes sociaux qui sont les plus réceptifs aux controverses médicales n’appartiennent généralement pas aux catégories les plus défavorisées. Au contraire, certaines professions comme les paramédicaux ou les enseignants de secondaires sont surreprésentées parmi les populations plus réticentes à la vaccination ! »
[1] http://huet.blog.lemonde.fr/2016/11/24/vaccins-lexception-francaise-en-debat/

CMT a dit…

A Martine Bronner,
Merci.
Cela a dû être très décevant pour ceux qui se sont investis pour le rapport sur le dépistage du cancer du sein. Mais le rapport, excellent, reste et il faut continuer à le faire circuler pour qu’il ne soit pas oublié dans un tiroir http://www.concertation-depistage.fr/wp-content/uploads/2016/10/depistage-cancer-sein-rapport-concertation-sept-2016.pdf . Il y a aussi le texte de Jaddo http://www.jaddo.fr/2016/06/19/et-mes-fesses-elles-sont-roses-mes-fesses/ , vos propres écrits https://martinebronner.wordpress.com/ , ceux de Manuela Wyler, qui lui survivent, comme un testament http://fuckmycancer.fr/ , No Mammo ? et Expertise citoyenne http://www.expertisecitoyenne.com/ . Et tous les posts de ce blog. Et les idées que tous ces textes protent progressent, lentement mais sûrement.



Les jurys et ceux qui ont participé à la concertation sur la vaccination ont dû être déçus aussi. Et même, peut-être, certains membres du comité, qui ne s’attendaient pas forcément à être là pour faire de la figuration, car la décision n’a pas été unanime. On ne sait même pas s’il y a eu un vote. Je ne le sais pas.

J’essaye de trouver un terme adapté mais je ne trouve pas de meilleur mot pour définir ce qui s’est passé là que le terme « mascarade ».

Mais c’est un peu devenu le fonctionnement courant dans le secteur public. Envisage-t-on des réformes importantes, cruciales ? Vite vite on monte des groupes de travail et tout le monde est invité à y participer et à donner son avis. Avis dont on ne tient aucun compte, parce que les décisions étaient déjà prises. Mais l’essentiel n’est il pas de participer ? Non, pardon. L’essentiel c’est de donner l’impression aux intéressés qu’ils ont participé.

C’est une époque formidable. Après la réalité virtuelle, la démocratie virtuelle…

Honnêtement, je ne sais pas comment je pourrai m’adapter, ou pas, à une obligation vaccinale généralisée où je serai réduite au rôle d’exécutante, appliquant des politiques décidés par des gens bourrés de conflits d’intérêts. Si je ne vaccine pas, je nuis aux patients, car cela conditionnera l’entrée des enfants dans les collectivités. Si je vaccine avec des vaccins qui ont un très mauvais rapport bénéfice/risque, même si je peux me dire que les risques sont faibles, j’aurai du mal à me regarder dans la glace.

A BG
Je ne me considère pas comme particulièrement forte en statistiques. Mes connaissances sont très basiques, et encore. Mais le problème est, au-delà des connaissances en statistiques, la capacité de certains à s’autoaveugler et à ne jamais remettre en question leurs à priori. Les statistiques concernant la vaccination sont plus complexes qu’on ne le pense. Et ces gens, qui ne le voient pas, qui ne se posent pas de questions et qui ne doutent jamais, ce qui est exactement le contraire d’ un esprit scientifique, sont bien prétentieux.

Nous en sommes réduits à faire de la science dans une semi-clandestinité.

Louis a dit…

Bonjour CMT

"Si je ne vaccine pas, je nuis aux patients, car cela conditionnera l’entrée des enfants dans les collectivités. "

C'est vrai, mais l'entrée en collectivité n'est pas plus anodine en termes de risques ( contagion, endoctrinement, violences... où place-t-on la nuisance ?) qu'obligatoire en termes légaux.

CMT a dit…

Désolée d'avoir oublié, dans ma liste de ceux qui s'occupent de dépistage du cancer du sein, le site de cancer rose, qui n'est pas un blog mais une institution désormais https://www.cancer-rose.fr/ .

A Louis,
ce que vous dites est confus. De quoi parlez vous? Vous énoncez des généralités et une opinion: "la collectivité ce sont des nuisances diverses et variées".

Quand on reste dans les généralités on peut devenir totalement relativiste. Certes, pour ce qui concerne le pneumocoque, lors de l'étape transitoire de vaccination ciblée, le CHSPF a considéré que les enfants de moins de deux ans entrant en collectivité était un groupe à risque et qu'ils faisaient partie des groupes à vacciner.Mais 99% des agents infectieux qui circulent dans une collectivité sont en réalité bénins pour les enfants bien nourris et en bonne santé,dont les parents respectent des règles d'hygiène basiques et contribuent à la maturation de leur système immunitaire. D'ailleurs,pour la plupart d'entre eux il n'existe pas de vaccin. La balance bénéfice-risque doit tenir compte de la globalité des bénéfices et des risques.

Mais les généralités on les entend très souvent en vaccinologie et c'est aussi ce qui permet d'échapper au débat scientifique: il y a 1,75 millions de cas de passage à la chronicité ^pour l'hépatite B qui se produisent chaque année dans le monde, donc il faut vacciner contre l'hépatite B en France.

Mais il y a aussi plus de 10 millions de cas de tuberculose, et pourtant on a décidé, à juste titre, la levée de l'obligation vaccinale généralisée pour les nourrissons français.

Louis a dit…

Bonsoir CMT

Oui, confus.

J'énonçais cette opinion pour mettre en relief celle que vous donnez quand vous écrivez que ne pas entrer dans des collectivités est une nuisance que vous infligez à vos patients.

Non pour vous contredire mais parce que je ne peux m'empêcher de vous y voir en pointillés endosser une responsabilité qui n'est pas la votre, comme pour alléger le fardeau que représente la pression vaccinaliste.
Ce ne sont pas vos choix. Vous informez vos patients au mieux de vos connaissances (et à ce sujet, c'est un régal de vous lire !) mais in fine, la responsabilité d'une vaccination, quelle qu'elle soit, leur revient.

Du reste, les généralités sont effectivement un bien pratique cheval de Troyes.

CMT a dit…

A Louis,

je crois que vous avez mis le doigt sur un point important. La question est effectivement celle de la responsabilité.

Avec l'obligation vaccinale chacun va penser que c'est l'autre qui assume, qui doit assumer la responsabilité de la vaccination.

Donc, l'idée de l'obligation vaccinale n'est pas tant de redonner de la confiance (on voit bien qu'on en est à un stade où ce n'est plus le sujet) mais de diluer les responsabilités pour que chacun ait le loisir de s'en décharger. Tout cela afin de banaliser un acte qui ne l'est pas, banal.

C'est, à un moindre degré et d'une manière différente, ce qui s'est passé avec la vaccination contre l'hépatite B. Tant que le vaccin n'existait que seul il y avait un choix à faire. Quand il a été intégré dans le vaccin hexavalent les médecins se sont trouvés finalement contents de se débarrasser de ce cas de conscience et le choix s'est transformé en un non choix.

On pourra dire que c'est l'Etat qui assume la responsabilité. Mais en réalité l'Etat n'assume rien puisque assumer une responsabilité doit aller avec assumer les conséquences qui vont avec cette responsabilité.

Mais la responsabilité de l'Etat n'est pas de faire la promotion des vaccins mais de s'assurer que les politiques de santé publique sont cohérentes, que les choix sont faits et que les moyens sont affectés en fonction des bénéfices nets attendus et qu'on privilégie les politiques qui, pour un moindre coût apportent le plus de bénéfices avec des risques moindres, que les services pharmacovigilance sont bien organisés et bien dotés pour permettre une évaluation efficace des risques, et que les décisions sont scientifiquement fondées sans que les intérêts de tiers puissent se substituer à l'intérêt des populations par le biais du lobbying et des conflits d'intérêts.

hexdoc a dit…

"Mais la responsabilité de l'Etat n'est pas de faire la promotion des vaccins mais de s'assurer que les politiques de santé publique sont cohérentes, que les choix sont faits et que les moyens sont affectés en fonction des bénéfices nets attendus et qu'on privilégie les politiques qui, pour un moindre coût apportent le plus de bénéfices avec des risques moindres, que les services pharmacovigilance sont bien organisés et bien dotés pour permettre une évaluation efficace des risques, et que les décisions sont scientifiquement fondées sans que les intérêts de tiers puissent se substituer à l'intérêt des populations par le biais du lobbying et des conflits d'intérêts. "
Très belle phrase tant dans sa longue construction que dans sa teneur.
J'ai toutefois une naïve interrogation sur ces histoires récurrentes d'intérêts de tiers et de conflits d'intérêt : je comprends bien que la majeure partie des chercheurs ou professeurs ait des conflits d'intérêts avec l'industrie pharmaceutique, car la recherche nécessite des moyens, et que les moyens de l'état sont assez réduit. Toutefois j'ai du mal à considérer que l'ensemble de ces personnes concernées aient un sens moral pervertis par l'appât du gain ou du pouvoir, ou qu'ils soient assez sots pour se laisser manipuler.

CMT a dit…

A hexdoc,

Ca tombe bien, V Prasad et al viennent de sortir un excellent essai sur la comparaison entre ce qui est considéré comme de la corruption dans le public et les CI en médicine https://drive.google.com/file/d/0B6takKKJGjsrNUlFUi1IeE9RSHM/view .

En dehors de ça, je ne pense pas que les leaders d’opinion qui se laissent manipuler soient sots, ni même forcément dépourvus de sens moral.

Je pense, sutotut que Big Pharma a élevé les techniques d’influence au rang d’art, et à un niveau quantitatif et qualitatif jamais atteint auparavant dans l’histoire de l’humanité.

Elle l’a fait en s’appuyant sur le marketing, qui a une approche pragmatique de la psychologie humaine et sociale dont le but est d’orienter les actes des sujets ciblés.

Ce sont des mécanismes de base de fonctionnement en société de tout être humain qui sont exploités, et détournés au profit des influenceurs tels la réciprocité (je vous rends service, vous m’êtes redevable), les cercles de proximité https://fr.wikipedia.org/wiki/Cercle_social et notre tendance naturelle à privilégier nos propres intérêts et ceux de notre groupe d’appartenance, par rapport à ceux d’un groupe plus large.

La conditions de départ est d’être Big Pharma friendly et d’être persuadé que l’objectif principal des pharmas est de sauver le monde. C’est pourquoi les médecins sont très tôt incités à être Big Pharma friendly.

Après, c’est d’une facilité déconcertante (et vous pouvez lire le livre dont je cite un passage dans la partie suivante « Omerta dans les labos pharmaceutiques » de Bernard Dalbergue en collaboration avec la journaliste A L Barret )pour vous en convaincre.

La première tâche du commercial est d’effacer la frontière entre relation professionnelle et relation privée donc d’avancer de quelques crans dans le cercle de proximité de sa cible. Ensuite, pour ce qui est des leaders d’opinionles KOL, les rémunérations généreuses, les cadeaux luxueux, les publications avec ou sans ghostwriting dans des revues à haut facteur d’impact, génèrent un sentiment de dette aussi inconscient qu’incontournable.
La flatterie aide beaucoup également, car il faut que le leader d’opinion ait l’impression d’être rétribué pour ses compétences techniques et non seulement pour sa capacité d’influence. Les commerciaux en charge des relations avec les leaders d’opinion se comportent comme des metteurs en scène, ils s’arrangent pour contrôler l’environnement des leaders d’opinion.


Arrive un moment, où le réseau de conflits d’intérêts tissé est tel que le destin du leader d’opinion est indissolublement lié à celui du laboratoire pharmaceutique qu’il ne peut désavouer. Donc, si le laboratoire pharmaceutique, ou les conflits d’intérêts en général, sont critiqués, tous les mécanismes d’auto-défense du leader d’opinion vont se mobiliser pour invalider ces critiques qui seraient trop coûteuses pour lui en termes de remise en cause et, accessoirement, en termes financiers.

Il faut toujours éviter que le leader d’opinion soit confronté aux conséquences négatives de ses conflits d’intérêts, cela pourrait générer une crise morale incompatible avec le rôle qu’on lui fait jouer.

Si des affaires dérangeantes surgissent, le rôle du commercial-ami, est de se précipiter auprès du leader d’opinion pour les dégonfler.

Anonyme a dit…

La position de la Sfsp est hypocrite. Il faut demander la levée de l'obligation vaccinale de manière claire et non négociée.

Louis a dit…

A CMT,

merci d'avoir abordé ce phénomène de dilution des responsabilités, il concerne chaque parent et chaque citoyen au premier plan.
J'ajouterais, concernant l’État, que les personnes sensément responsables -nonobstant le phénomène de normalisation de la déviance- du suivi, de l'organisation, de la cohérence et de l'évaluation des politiques n’échappent pas à cette dilution au profit d'une "expertise" ...tout aussi responsable.

Sans être calé dans le domaine, ça ressemble au problème d'une société constituée d'individus qui ont trop peur de mourir pour vivre de manière responsable autrement que par procuration. En somme, et pour ce qui est due la problématique vaccinale, la technolâtrie peut être décrite comme l'opium -de synthèse- du peuple.

Louis a dit…

Erratum : ce qui est de la problématique

Jackie a dit…

Profitant sans vergogne de votre autorisation « Ce texte est en libre accès et utilisable, ainsi que les références, à la convenance de chacun et sans restriction » et que la lecture en 8 épisodes peut être inconfortable, j'ai mis ce document remarquable en fichier PDF et il est accessible en ligne sur notre site : http://www.infovaccin.fr/actu_web.html

La mise en forme n'est pas parfaite, mais je pense que l'essentiel est bien rendu.

Au passage, je me permettrai de vous remercier pour le terme « ligues opposées à l’obligation vaccinale » plus conforme à la réalité en ce qui concerne notre association que « ligues anti-vaccinalistes » (malgré la nuance importante apportée par notre ami BG)... mais comme nul n'est parfait, vous avez commis l'erreur classique de mettre le terme au pluriel alors qu'en 1964/1965, lors de l'adoption de l'obligation de la vaccination anti-polio, il n'existait qu'une seule et unique association réclamant la liberté vaccinale portant le nom de Ligue ;-)

Merci tout de même pour ce travail exceptionnel.