dimanche 15 janvier 2017

Parler du silence. Histoire de consultation 194.


Madame A, 36 ans, je ne l'ai pas vue depuis six ans. Je demande des nouvelles d'elle à ses parents et ils me disent que tout va bien. Qu'en savent-ils ?
Aujourd'hui elle est venue avec sa fille de 5 ans, la petite B, qui a de la fièvre et qui tousse.
Elle est contente de me voir mais elle n'a rien perdu de sa tristesse. Elle me prie de l'excuser d'avoir pris rendez-vous, blabla, car elle n'habite plus Mantes : elle travaille près de Roissy comme institutrice. Elle est chez ses parents pour quelques jour et sa fille est malade.
La petite a une rhinopharyngite banale, je lui crée un dossier, il n'y a pas de carnet de santé, tout cela est très banal. L'ordonnance est étique : deux lignes.
A : "Vous n'avez pas changé."
Moi : ?
A : "Pas d'antibiotiques alors que ma fille a 40, pas de gouttes dans le nez."
Moi : "Pourquoi veux-tu que je change ?"
Elle sourit.
Moi : "Ca va ?"
A : "Ca va".
Sa petite fille est l'aînée de deux enfants. Ils vont bien.

Je suis certain que cela ne va pas bien. Cela ne peut pas aller très bien.

Flash-back.

Je connais Madame A, qui s'appelait B quand je l'ai vue pour la première fois quand elle avait deux ans (les parents faisaient suivre leurs enfants à la PMI pour des raisons pratiques et financières).
Un jour, elle est venue me présenter son mari qui avait une angine. Je ne me rappelle plus si j'avais prescrit ou non des antibiotiques (je n'ai pas regardé le dossier).

Puis elle est revenue seule. Elle avait l'air encore plus triste que d'habitude.

Son couple ne fonctionnait pas.
Notamment le sexe.

Nous nous sommes revus plusieurs fois et nous faisions du sur place.
Il y avait quelque chose et soit elle n'avait pas envie d'en parler, soit elle pensait que cela ne ferait pas avancer les choses.

Je lui ai raconté des trucs pour qu'elle s'en tire. Cela ne venait pas.

Un jour elle m'a annoncé qu'elle avait obtenu sa mutation dans le 93 (elle est institutrice de maternelle). Qu'elle divorçait. Sans enfants.

Et un jour elle a parlé. La veille de son départ dans le 93.

Quand elle était petite fille elle était constamment victime d'attouchements de la part de son oncle maternel. Elle n'en avait parlé à personne. Une fois à sa mère qui lui a dit de se taire et que ce n'était pas vrai. Puis elle apprit que l'une de ses soeurs y avait droit. Puis un jour il a tenté de la violer. Elle avait douze ans. Elle ne s'est pas laissé faire mais elle en a reparlé à sa mère. Qui n'a rien dit mais qui a interdit à son frère de venir à la maison quand elle n'était pas là.
Le père ? Selon elle : au courant de rien.
Pourquoi ne pas en avoir pas parlé avant ? Elle craignait que son père ne tue son oncle.

Aujourd'hui je suis toujours le médecin de la famille, les parents, dont la mère présumée consentante et le père présumé ignorant, consultent au cabinet. Je n'ai jamais abordé le sujet.

L'oncle âgé vit au bled (Tiznit). 
Madame B, que je connaissais Mademoiselle A et qui est devenue Madame C après son nouveau mariage, est toujours institutrice de maternelle.

Il y a six ans, quand elle est venue me voir parce qu'elle était grippée, elle était seule. Son nouveau mari était resté chez ses parents. Elle avait encore une fois envie d'intimité.
Moi : "Tu ne veux toujours pas porter plainte ?"
A : "A quoi cela pourrait servir ?"
Moi : "Dire la vérité, par exemple."
A : "Et alors ? Est-ce que je me sentirai mieux ? Je n'ai pas envie de replonger dans ce cauchemar. J'ai fermé le robinet. Mon mari n'est au courant de rien. Je n'ai pas envie qu'il sache. Il serait dévasté. C'est mon truc, mon secret, ma douleur mais il vaut mieux que je continue à garder cela pour moi. J'ai trouvé un bon généraliste à D, j'ai pu lui parler. Il m'a beaucoup aidée.
Moi : "Super. Et ta soeur ?"
A : "Elle a rompu avec la famille. Elle vit à Bordeaux. Elle s'est mariée avec un Français... Cela n'a pas plu à mes parents. Ils ont deux enfants. "
Moi : "Et tu la vois ?"
A : "Peu. Une fois par an. Mais c'est l'éloignement. Je crois qu'elle a fait le bon choix pour elle. Et moi j'ai fait le bon choix pour moi. Nous ne pouvons pas parler de tout cela. Elle en veut beaucoup à ma mère. Elle dit que tout ça, c'est de sa faute. Qu'elle aurait dû s'en mêler. Elle a raison mais c'est ma mère, elle est victime des traditions..."
Je ne dis rien.
A : "Quant à mon père... Il ne savait sans doute rien. Mais je ne sais pas. Il est faible. Il est vieux, maintenant."
La tristesse de B... quand elle était enfant, sa retenue.
Sera-t-elle un jour vraiment heureuse ? En parlant ou en ne parlant pas.

Quand je reçois la mère en consultation, elle est traitée pour une hypertension modérée, elle prend un peu de doliprane quand elle a mal à la tête, je suis gêné. Mais que puis-je faire d'autre ?

Parler ?




15 commentaires:

CMT a dit…

Jolie histoire, mais histoire triste et malheureusement banale de par sa fréquence.

J’aurais tendance à penser , intuitivement, que si cette femme est triste, c’est qu’elle a été trahie par sa mère, qui l’a obligée à porter très tôt une charge trop lourde pour ses jeunes épaules, qui l’a « parentéifiée » en quelque sorte, en n’assumant pas la responsabilité de la protéger et en lui confiant la charge de protéger l’oncle abuseur de la colère du père. Et de protéger le père en même temps. Tout le monde devait être protégé, sauf elle, finalement.

Quoique cette histoire puisse laisser à penser, cela n’a pas grand-chose à voir avec la culture, parce que, comme je l’ai appris, l’aveuglement inexpliquable de la mère est le cas de figure le plus fréquent dans toutes les histoires d’inceste, comme me l’ont appris des systémiciens très spécialisés sur le traitement et le suivi des abuseurs et des abusés, et des familles incestueuses.

Cela fait partie des réalités cachées, des réalités honteuses de nos sociétés. Une étude de 1996 dans la très civilisée et protestante Genève nous montre que l’abus sur enfants n’a rien d’exceptionnel, que l’agresseur peut être un membre de la famille ou un étranger, mais plus souvent des membres de la famille dans les abus chroniques.

Dans cette étude de 1996, faite au moyen d’un questionnaire anonyme chez des collègiens https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2351043/pdf/bmj00543-0022.pdf de 15 ans (97% moins de 17 ans), pendant des séances dédiées en présence d’un psychologue .

C’est une synthèse reprise de mon mémoire de victimologie.

Au total 22,5% des adolescents disaient avoir été abusés (10,9% des garçons et 33,8% des filles).
Parmi ceux-ci es abus avec contact étaient de 87% pour les filles et de 46% pour les garçons.

5,6% de l’ensemble des filles disaient avoir été violées soit environ 1 sur 18 et 1,1% des garçons.

Pour les 22% d’enfants abusés les abus étaient répétés dans 40% des cas, ce qui fait quelques 9% de tous les enfants abusés de manière répétée.

Les abus sont chroniques pour 9% des filles et 9% des garçons abusés soit quelques 2% de l’ensemble des enfants ou un sur 50.

à suivre

CMT a dit…

SUITE

Une fois sur 2 le premier abus a eu lieu avant 12 ans.

Les abuseurs :

Il s’agit de mineurs dans un cas/3
Il s’agit d’adultes dans 2 cas sur 3.
Une fois sur 5 les garçons sont abusés par des femmes.



Dans 17,4% (39/224) des cas, l’abuseur est un membre de la famille.
Donc l’abuseur ne fait pas partie de la famille dans 83% des cas.

Le type d’abus ne permet pas de prédire l’impact psy. C’est certainement des facteurs personnels et environnementaux (comme le soutien des proches, la possibilité d’en parler…) qui le déterminent.

La loyauté des enfants envers les adultes et la honte sont deux facteurs déterminants dans le silence des enfants et la difficulté à demander de l’aide

69% des enfants ont dévoilé l’abus à quelqu’un mais 40% d’entre eux voulaient que rien ne soit fait ou que le secret soit gardé. Parmi ceux qui ont dévoilé l’abus ¼ estiment avoir été aidés.
Au total, 1 enfant sur 6 environ a reçu une forme quelconque d’aide suite à l’abus. Donc 5 enfants sur 6 n’ont reçu aucune forme d’aide.

Ce que tu peux faire, peut-être, si tu te sens en position de faire quelque chose, c’est lui demander la permission d’en parler à ton confrère MG pour qu’il travaille avec elle le dévoilement à ses proches, même si elle ne veut pas entreprendre des démarches judiciaires. Parce que c’est le type de secret qui risque d’avoir des conséquences en cascade, y compris pour ses enfants.




Docteurdu16 a dit…

Merci Claudina.
Je sais que tu connais le sujet et les données que tu nous présentes sont à la fois accablantes et désespérantes. Ils donnent le tournis.
Je ne voulais pas parler de facteur culturel en particulier et j'ai toujours essayé sur ce blog d'universaliser les situations mais les facteurs culturels existent quand même... au moins dans les façons de s'en sortir.
J'ai déjà raconté sur ce blog une affaire franco-franco-chrétienne.
Et la presse est remplie d'affaires de ce type.
Cette jeune femme a compris tellement de choses. Mais elle est coincée par la vie. On le serait à moins.
Sa soeur a fait pour elle ce qu'elle aurait pu faire mais l'éloignement paraît douloureux.
La honte, la culpabilité, la loyauté, les représentations... J'imagine tout ce que cette jeune femme qui fut un enfant abusé a dû ressentir. Non, c'est inimaginable.
Le silence vaut parfois, pour certains, mieux que la parole ou la dénonciation.
Je ne m'épanche pas souvent mais ces situations sont si fréquentes m'horrifient.
Bonne soirée quand même.

CMT a dit…


Salut Jean-Claude

c'est normal que tu parles de tes patients qui ne sont, en majorité, pas frano-français, mais j'essayais d'anticiper sur ce que certains auraient pu penser ou dire :"Ah oui, c'est terrible dans ces familles là, le poids de la tradition et la place des femmes...".

Mais le schéma des abus sur enfants est finalement assez universel, et traverse facilement les classes sociales.

Si je parlais de dévoilement ce n'est pas dans un esprit de revanche, que cette jeune femme pourrait prendre, mais c'est plutôt pour alléger le poids qu'un tel secret fait peser sur toute la famille. Peut-on imaginer que les enfants de cette femme ne perçoivent pas la tristesse de leur mère?

Je crois que les secrets de famille ressurgissent avec d'autant plus de force destructrice qu'on a essayé de les garder enfermés avec plus de détermination.

D'autre part elle ne fait que fantasmer les réactions de ses proches et s'enfermer dans le même schéma et adopter la même position que celle qu'on lui a donnée petite. Les choses pourraient se passer très différemment de ce qu'elle imagine et le champ des possibles pourrait s'ouvrir pour elle si elle parlait.

C'est une supposition.

Bonne soirée

Jean-Baptiste Blanc a dit…

Bonsoir JC,
Les travaux de Muriel Salmona ont aussi montré l'incroyable fréquence de ces maltraitance et je suis surpris de ne pas en retrouver plus souvent. Je pose la question quasi toujours aux nouveaux patients : avez vous subi ou été partie prenante de violences ? La réponse est le plus souvent négative et peut-être que lors d'une première consultaon pour un pb intercurrent le moment n'est pas le meilleur pour ouvrir une porte.
Sinon à ta dernière question tu connais la réponse : parler à la mère sans l'autorisation de la fille est bien sûr impossible, trahison évidente du secret medical. Mais je pense que c'était une figure de style. A moins que parler publiquement de cette situation sur ton blog ne soit au fond une manière pour toi de mieux la vivre, de la partager ?

Anonyme a dit…

Cher DocDu16,
ton billet me touche beaucoup, étant moi-même régulièrement aux prises avec ces problématiques avec une double position: celle de médecin, et celle d'ancienne victime.
Des années de thérapie et peut-être certainement le phénomène de dissociation me permettent un certain recul dans mon travail.

Et effectivement, la parole est difficile à libérer.
La libérer est parfois déclencher un bombe à retardement.
Il est très difficile de faire confiance à quiconque après avoir été victime de violences intrafamiliales, et surtout quand les violences ont été niées, la victime transformée en coupable de mensonges. Le monde se divise alors en deux catégories: ceux à qui on a fait confiance au point de les mettre dans la confidence, et les autres.
Alors effectivement, la question "avez-vous par le passé été victime de violences?" ne trouve réponse que si elle a été posée au moment opportun, par la personne digne de confiance.

J'estime que la poser de façon systématique au premier entretien mure le patient dans une réponse très souvent négative parce que le médecin rencontré la première fois n'est pas encore digne de confiance, aussi parce que ces souvenirs ou leur importance peuvent rester enfouis, qui sera considérée comme définitive et gravée dans le dossier. La poser lorsque le patient exprime un désarroi psychique est en revanche très fructueux.

Quant à (inciter à) porter plainte ou non... c'est très complexe.
Pour la victime qui a été confrontée au déni voire à la culpabilisation, c'est remettre en route le mécanisme qu'elle a déjà subi et qui a déjà été très destructeur: elle n'a pas été crue, le sera-t-elle par l'institution judiciaire? Aura-t-elle une chance de l'emporter dans la lutte "parole contre parole" si l'échec a été cuisant la première fois? Doit-elle se préparer de nouveau à se faire désigner comme la perturbatrice d'un équilibre familial bien établi? A nouveau coupable au lieu de victime: de quoi raviver le traumatisme.

Mais une chose est sûre: on ne se libère jamais totalement de ça, on vit avec, plus ou moins bien.


Anonyme a dit…

un auteur de violence sexuelle a souvent été lui aussi une victime.
Il existe des mécanisme de transmission transgénérationnelle dans les traumatismes psychiques.
la mère a peut être elle aussi été victime de son frère ou d'un autre parent ?


Dr Bill a dit…

je suis un peu surpris de la tournure de ce post.
Non par la question de la fréquence des agressions sexuelles et de leurs conséquences "en général",mais par le parti pris d'expliquer la tristesse de cette petite fille puis femme sur le compte de cette agression.
Cette agression, bien que grave, peut ne pas être à l'origine de cette tristesse. Ce que je veut dire, c'est que vouloir expliquer tout par ce traumatisme peut nous empêcher de réfléchir à d'autres choses, et mème empêcher cette femme d'exprimer d'autres choses.
Encore une fois, ma réflexion ne vise pas à minimiser les conséquences délétères des crimes sexuels.

CMT a dit…

A Dr Bill,

Je ne suis pas vraiment d'accord avec vous. Même si, nous le savons, la médecine est probabiliste et il peut toujours arriver de nous faire surprendre par un diagnostic inattendu,alors que tous les indices semblaient pointer dans la même direction. Et cela nous est arrivé à tous.

Mais critiquer le post sous l'angle: "elle pourrait être triste pour une autre raison", me paraît plutôt inapproprié et montrer une méconnaissance de l'énorme place que prend l'abus subi par les enfants dans la vie des adultes qu'ils vont devenir. Surtout quand cet abus s'est déroulé de manière répétée, que l'enfant n'a pas pu, osé, parler ou, pire, que son témoignage a été minimisé ou discrédité par ses proches, ceux sur qui il pensait pouvoir compter pour bénéficier de la protection que tout enfant espère et recherche.

Les abus de ce type sont comme un mur sur lequel vient s'écraser l'enfance des abusés et qui obstrue toute la vie leur horizon. Pour m'être intéressé à cela et avoir accompagné, en particulier, une jeune femme, dans le procès tardif qu'elle a intenté à son père, l'ayant abusée, elle et ses soeurs, avec la complicité passive de la mère, j'ai pu me rendre compte de ce que cela représente.
on peut le croire ici d'autant que la jeune femme le dit elle-même.

Puis, comme le disait, un précédent anonyme, le risque de transmission transgénérationnelle de la maltraitance existe, comme développé longuement par Alice Miller, même si ici la dépression vient se substituer à l'agressivité, et il est le mieux prévenu par la parole et la reconnaissance du statut de victime.

CMT a dit…

A la demande de l'auteur de ce blog: voici un lien vers le blog d'Alice Miller et vers un de ses principaux ouvrages, "C'est pour ton bien" http://www.alice-miller.com/accueil/

"Les enfants battus apprennent très tôt la violence qu’ils utiliseront adultes en croyant à ce qu’on leur a dit : qu’ils ont mérité les punitions et qu’ils étaient battus « par amour ». Ils ne savent pas qu’en vérité la seule raison des punitions qu’ils ont subies était due au fait que leurs parents ont subi et appris la violence très tôt sans la remettre en cause. A leur tour ils battent leurs enfants sans penser leur faire du mal."

Anonyme du commentaire 6 a dit…

Le risque de transmission transgénérationnel existe bel et bien, mais attention aux discours déterministes.

Ils sont souvent reçus comme une culpabilité supplémentaire chez les anciennes victimes, notamment lors de l'arrivée de leurs enfants. Le passage à la parentalité s'accompagne de questionnements, et notamment: "si la maltraitance se transmet de génération en génération, deviendrai-je aussi maltraitant(e) avec mes enfants comme on l'a été avec moi?".

La croyance populaire, le discours de "ceux qui ne savent pas" dit que oui, avec assurance.

Il faut bien insister auprès des victimes sur le fait qu'une prise en charge adaptée, au-delà de leur rendre la vie plus vivable, leur permet aussi de rompre le déterminisme et leur donner une possibilité d'être des parents "non toxiques", et d'offrir à leurs enfants une sérénité qu'ils n'ont pas toujours pu avoir au même âge.

Dr Bill a dit…

@ C.M.T.

Pour avoir accueilli et suivi de nombreuses victimes d'agressions, viols, incestes, violences physiques et psychologiques, je n'en méconnais pas les conséquences désastreuses et l'importance dans tous les domaines de la vie que vous décrivez très bien.
Pour autant, l'idée que j'exprime est de ne pas méconnaitre d'autres éléments de la vie de ces personnes et de ne pas les empêcher de s'exprimer sur d'autres questions qui se posent à elles et qui peuvent avoir une grande importance.
Ma réflexion à pour objectif de garder un esprit ouvert pour nous mème et pour nos patients et de ne pas les réduire à un statu de victime.

CMT a dit…

A Dr Bill

Je n'ai simplement pas compris votre première remarque, être surpris par la tournure de ce post, alors que dans cette histoire semi-fictive c'est la jeune-femme elle-même qui a identifié l'abus comme la cause de sa souffrance. Faut-il douter de ce qu'elle a dit? Faut-il jouer les psychanalystes de bazar et dire que si elle met en avant cet abus c'est parce qu'elle "résiste" à parler des raisons plus profondes de sa tristesse?

J'en veux beaucoup au courant psychanalytique d'avoir été le principal artisan, le véritable complice de tous les abuseurs en soutenant la thèse selon laquelle les enfants fantasmaient ou mentaient quand ils disaient avoir été victimes d'abus.Je rappelle que c'était une attitude quasi systématique, y compris des instances judiciaires,pendant tout le vingtième siècle et jusqu'aux années 2000.

Une des conséquences, fréquentes, de l'abus, sont les addictions.Donc je ne suis pas étonnée que vous ayez suivi des personnes victimes d'inceste.

Il y a eu, il y a peut-être encore, un débat, sur la question d'enfermer la personne abusée dans son statut de victime. Certains ont mené très loin ce raisonnement en disant que pour mieux éviter de les enfermer il était même souhaitable de ne pas leur reconnaître ce statut.

C'est justement la nuance. Avant d'être enfermée dans un statut il faut que ce statut soit reconnu.
Pour ma part je pense que c'est une étape incontournable pour libérer une victime d'abus de son sentiment de culpabilité.

Cette reconnaissance a plusieurs vertus en plus du bénéfice personnel pour la victime.Elle permet aussi de favoriser une prise de conscience sociale et des comportements de prévention.

Une fois l'abus reconnu, il faut, en effet, faire attention à ne pas enfermer la personne dans ce statut.

A anonyme

Bien sûr. Il n'y a pas de déterminisme. Le fait qu'une personne exprime la crainte de perpétuer l'abus montre déjà qu'elle n'en sera pas capable, puisque les abuseurs se caractérisent par l'absence de sentiment de culpabilité. D'ailleurs, la majorité des abusées sont des femmes et la majorité des abuseurs sont des hommes. Il y a d'autres éléments qui entrent en jeu.

Dr Bill a dit…

@ C.M.T.

Merci de votre réponse qui exprime parfaitement l'esprit de ma remarque.
Tout à fait d'accord sur la nécessité de la reconnaissance du statut de victime.
Je ne me réfère en aucune façon à la psychanalyse dont je pense comme vous qu'elle a été responsable de théories pseudo intellectuelles délétères pour les victimes.
Pour autant, je pense qu'il ne faut pas résumer une personne à son statut de victime.
La question de la fréquence des comportements addictifs chez les personnes victimes (dans l'enfance et mème dans l'age adulte) d'agressions et crimes sexuels et de violence reste pour moi une donnée non documentée par rapport à une population de personnes ne souffrant pas d'addiction.


Anonyme a dit…

Bonjour,

Je découvre le blog et souhaite répondre à vos questions en vieux médecin généraliste
Pourquoi qq fois un patient nous révèle son histoire ?

En fait c'est une histoire triste et souvent le premier signe d'un état dépressif!
Qu'en faire ?
Dénoncer ou l'encourager à dénoncer? S'il s'agit d'un mineur il est de notre devoir de dénoncer


S'il est adulte son choix prime et aucun conseil ne sera maladroit

Le diagnostic médical prime :tristesse culpabilité anxiété avenir sombre tout y est dans une consultation

Que faire :parler non
écouter traiter si l'état psychologique sa gravité sa durée le justifie
la justice est maladroite peu d'actes sont sanctionnés et après des
années de procédure

la société doit renforcer les messages de dénonciation de ces actes, les
médias, les professionnels de santé ....

A mon avis la recherche de la cause du mécanisme reste secondaire

La résilience prime avec un travail de deuil de l'image de soi .L'hypnose aide a effacer le traumatisme de l'agression .
Dans l'article original,le nouveau médecin a beaucoup aidé . Il serait intéressant de savoir comment!

Par ailleurs les questions directes de dépistage sont mal venues . Je dirais comme le TR dans le dépistage du cancer de la prostate pour qq'un qui vient pour une angine!